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Surcouf (Robert), célèbre corsaire né à Saint-Malo le 12 décembre 1773,
mort à Saint-Malo le 8 juillet 1827. D'une famille d'origine irlandaise,
il eut une enfance batailleuse, que l'on a parfois comparée à celle de Du
Guesclin. Il manifesta peu de goût pour l'étude en tout cas, et à treize
ans, il fut embarqué, selon son désir constant, sur un bâtiment de
commerce. Trois ans après, trouvant insipide la navigation au cabotage, il
passa sur l'Aurore qui faisait voile pour les Indes. Lieutenant en 1790,
Robert Surcouf fit diverses campagnes, au Mozambique, à Madagascar, à
l'Ile de France (Maurice), etc.
Excursion ile maurice
En 1794, commandant du brick la Créole, il fit la traite des esclaves pour
le compte des colons de l'île de la Réunion; en 1795,
Photos ile maurice il devint commandant
de l'Emilie, armée pour la course, s'empara des navires anglais le
Pingouin, le Russel, le Sambolasse, commençant ainsi une série d'exploits
dont la prise du Triton, vaisseau de la compagnie des Indes, armé de vingt-six
canons et monté par un équipage nombreux, est l'un des plus saillants.
Cette prise ayant eu lieu dans les eaux du Bengale, où aucun croiseur
français n'avait encore osé pénétrer, consterna l'Angleterre, et le nom de
Robert Surcouf y devint immédiatement fameux.
Le hardi corsaire continua ses prises jusqu'en 1801. Ses navires, la
Clarisse (1798-1800), la Confiance (1801) furent connus et redoutés dans
toutes les mers. Surcouf, à la suite du traité d'Amiens se donna le loisir
de se marier. Il épousa, le 18 mai 1801, Marie Blaize de Maisonneuve,
fille d'un grand armateur de Saint-Malo. Mais les hostilités
recommencèrent en 1803, et Surcouf reprit la mer. Napoléon lui avait
offert d'entrer dans la marine de l'État avec le grade de capitaine de
vaisseau et lui avait proposé le commandement de deux frégates de guerre
destinées à croiser dans les mers de l'Inde. Mais Robert Surcouf voulait
être indépendant et ne relever d'aucun amiral. Il refusa donc et arma
plusieurs corsaires à ses frais.
Aishwarya Rai
Lui-même renouvela ses exploits d'antan sur un navire au nom suggestif, le
Revenant (1807-8). Il réalisa des prises considérables, devint
propriétaire à l'île Maurice. Il fut créé baron de l'Empire et jusqu'à la
Restauration, il lança de Saint-Malo de nombreux bâtiments qui causèrent
au commerce anglais des dommages énormes. Après la chute définitive de
Napoléon, il ne s'occupa plus, que d'entreprises commerciales. (R. S.).
Location particuliers
L'histoire de l'île Maurice
(île de France, Mauritius)
L'île Maurice a été découverte, semble-t-il, en 1507 par Péro de
Mascarenhas, capitaine portugais, en même temps que les deux autres îles
de l'archipel (Réunion et Rodrigues) qui en a gardé le nom de Mascareignes.
Il l'avait d'abord dénommée Acerno ou Cerné. La première occupation date
de 1598 et fut l'oeuvre de l'amiral hollandais Van Nek qui donna à l'île
le nom de Mauritius en l'honneur du prince Maurice d'Orange. En 1640 fut
créée une colonie hollandaise, laquelle fut abandonnée en 1712, quand les
Hollandais souhaitèrent renforcer leur colonie du Cap. Les Français
établis à l'île de la Réunion y envoyèrent trois ans plus tard Dufresne,
pour y porter des colons. Celui-ci lui donna le nom d'île de France
lorsqu'il en prit possession (20 septembre) au nom du roi « en cas que
ladite île ne fut point occupée par aucune puissance ».
En 1735, le gouverneur Mahé, comte de La Bourdonnais, lui conféra une
grande importance. Grâce à ses ports, elle devint la citadelle de la
marine française dans l'Océan Indien, le point de ravitaillement des
corsaires. Pierre Poivre y introduisit dans les années 1750 la culture des
épices des Moluques (cannelle, muscade, girofle, etc.). Puis les Anglais
réussirent à s'en emparer après une longue lutte en décembre 1810. Ils se
la firent céder en 1814. Les Anglais, qui l'ont gardée jusqu'à son
indépendance en 1968 ont conservé sur l'île I'usage officiel de la langue
française jusqu'en 1847, et il dominera encore longtemps dans la majorité
de la population. Ajoutons que ce sera sous la colonisation anglaise que
l'esclavage a pris fin sur cette île que le roman de Paul et Virginie de
Bernardin de Saint-Pierre a rendue si célèbre.
Annuaire voyages
Dates -clés :
1507 - Découverte de l'île Maurice par Mascarenhas.
1598 -1712 - Occupation hollandaise.
1735 - La Bourdonnais organise la colonisation de l'île par la France.
1814 - L'île Maurice devient une colonie de la Grande Bretagne.
1968 - Indépendance de l'île, dans laquelle s'installe un régime
démocratique..
Les premiers établissements
Les Hollandais, présents sur l'île dès 1598 y restèrent jusqu'en 1712. On
a parfois dit qu'ils en furent chassés par l'impossibilité de détruire la
prodigieuse multitude de rats contre lesquels ils ne trouvèrent aucun
moyen de défendre leurs provisions, leurs vêtements, les cordages et le
bois de leurs navires, l'espoir de leurs récoltes mangées avant d'être en
herbe, enfin leurs corps mêmes pendant la nuit.
Il est plus vraisemblable de croire que les Hollandais, qui
s'établissaient alors au cap de Bonne-Espérance, voulurent réserver toutes
leurs forces pour la colonisation de ce point important à l'extrémité d'un
continent immense sur lequel il leur serait possible de s'étendre et de
former un vaste empire : c'était au XVIIIe siècle, et encore bien plus
dans les deux siècles précédents, le rêve de toutes les puissances
européennes d'avoir au dehors, non pas seulement des stations maritimes et
des établissements coloniaux pour la commodité du commerce, mais de
grandes possessions
territoriales où elles pussent développer à l'aise leurs droits de
souveraineté consacrés par la violence. Les Hollandais ne virent pas
apparemment quelle était l'importance de la position de l'île Maurice, qui
peut devenir au besoin un nid de pirates, et qui sera toujours une des
barrières à franchir avant de voguer librement dans la mer des Indes.
Trois ans après le départ des Hollandais, les Français, en 1715,
abordèrent à l'île Maurice et lui imposèrent le nom d'île de France.
Toutefois ce ne fut qu'en 1721 que des colons de Bourbon (île de la
Réunion) allèrent former dans l'île voisine un premier établissement. Il
faut croire qu'ils réussirent mieux à combattre les étranges ennemis
devant lesquels les Hollandais passent pour s'être enfuis; car, depuis le
jour où fut fondée la nouvelle colonie, elle n'a pas cessé un instant
d'être habitée et cultivée; elle a toujours été en progression de
prospérités, du moins jusqu'en 1810, date de la conquête par les Anglais.
Il est vrai de dire que les animaux malfaisants, qui étaient le fléau de
l'île et de son agriculture, y resteront longtemps très nombreux, et que
des primes seront proposées aux esclaves dans toutes les habitations, pour
les détruire, et l'on emploiera dans ce but tous les encouragements, tous
les pièges imaginables.
L'oeuvre de la Bourdonnais.
Les premiers cultivateurs, arrivés de Bourbon, étaient en très petit
nombre. Si bien que l'on considère généralement que le vrai fondateur de
la colonie, à l'île de France, fut Mahé de La Bourdonnais, qui, nommé
gouverneur général des îles de France et de Bourbon, en 1734, aborda au
Port-Louis, l'année suivante, amenant avec lui des ouvriers, et aussi un
certain nombre de déclassés dont les autorités françaises étaient
heureuses de se débarrasser, mais qu'il sut adroitement utiliser pour
l'accomplissement de ses desseins.
« Il serait difficile, a dit un biographe de Mahé de La Bourdonnais, de
donner une idée de l'état de dénuement et d'anarchie où il trouva l'île de
France. Justice, police, industrie, commerce, tout était à créer : La
Bourdonnais créa, organisa tout; il construisit des arsenaux, des
magasins, des fortifications, des aqueducs, des quais, des canaux, des
moulins, des hôpitaux, des casernes, des boutiques, des chantiers pour
radouber et construire des vaisseaux: il introduisit la culture du manioc,
du sucre, de l'indigo et du coton, etc. »
Bernardin de Saint-Pierre, sans lequel, à vrai dire, la réputation de La
Bourdonnais risquait fort de demeurer obscure, énumère aussi, dans la
préface de Paul et Virginie, les travaux que ce grand administrateur a
entrepris et achevés, malgré mille obstacles, à l'île de France; et il
ajoute :
« Tout ce que j'ai vu dans cette île de plus utile et de mieux exécuté
était son ouvrage : ses talents militaires n'étaient pas moindres que ses
vertus et ses talents administratifs. »
Au temps de la Compagnie des Indes
Quand l'île fut devenue, par les soins de son fondateur, une colonie déjà
digne de ce nom, un séjour supportable, où l'on put espérer de se ménager
une vie assez douce pour le moment et quelques chances de fortune pour
l'avenir, les colons volontaires y arrivèrent, en petit nombre d'abord,
mais de tous les points du globe et de toutes les professions. Il y eut
des employés civils de la Compagnie des Indes, ayant déjà acquis une
certaine aisance et heureux de pouvoir s'établir dans une île où, en
s'attribuant le monopole du commerce et s'emparant de la meilleure partie
des terres à cultiver, ils allaient fonder aisément une espèce
d'aristocratie vénitienne, à la fois marchande, propriétaire du sol et
arbitre héréditaire de toutes les décisions graves du gouvernement local.
Il y eut des marins de cette même compagnie qui, indignés d'avoir
travaillé à la fortune des autres et de n'avoir rien fait pour eux-mêmes,
ne demandaient qu'un asile pour leurs vieux jours, un coin de terre et
quelques esclaves pour vivre, ou le commandement d'une barque pour faire
le cabotage entre les deux îles : ils furent la souche d'une classe de
mécontents et de frondeurs qui s'est perpétuée au cours des siècles
suivants.
Il y eut aussi des officiers militaires de la compagnie qui se trouvèrent
heureux de prendre leur retraite dans quelque habitation isolée :
quelques-uns étaient nobles, et menèrent donc dans l'île la vie des
gentilshommes campagnards, cultivant la terre ou surveillant leurs
esclaves peu nombreux, pour ainsi dire avec une rapière pendante à leur
côté. S'ils ne firent pas et ne durent pas faire fortune avec de
semblables habitudes, ils eurent du moins la consolation d'échapper à la
soumission où des commis parvenus les avaient longtemps retenus, malgré
toute leur gentilhommerie. A leur exemple, on vit arriver des officiers
des régiments du roi, qui voulurent aussi quitter le service et se faire
planteurs ils éprouvèrent des résistances, non de la part de leurs chefs
ou du gouvernement du roi, mais, le croirait-on? de la part de la
compagnie, qui, étant souveraine de l'île, les traita presque en
étrangers. De là de grandes querelles et des plaintes bruyantes qui
entretinrent des divisions dans la colonie jusqu'à ce qu'elle eût été
cédée au roi, et la compagnie dépossédée de tous ses droits de
souveraineté.
Enfin, n'omettons pas de mentionner, comme complément de cette population
primitive des missionnaires de Saint-Lazare, vivant bien avec tout le
monde, ne s'inquiétant guère d'évangéliser les esclaves, ni de prêcher la
fraternité entre les hommes, et songeant bien plutôt à s'assurer une vie
paisible et inoffensive dans de bonnes habitations très bien cultivées par
des esclaves acquis à la communauté.
Marchands et trafiquants.
Petites annonces gratuites
Le développement de la colonisation à l'île de France, en ouvrant une plus
large carrière aux spéculations commerciales, ne tarda pas à y attirer des
marchands, libres de toutes relations avec la Compagnie des Indes, et qui,
possesseurs de quelques capitaux, se mirent à trafiquer sur toutes choses,
sur les terres, sur les denrées coloniales ou européennes, sur les
esclaves introduits ou à introduire dans l'île par la traite, alors
permise et même encouragée. Ils voulurent, en un mot, prendre leur part du
monopole qu'avaient exercé avant eux les employés civils de la Compagnie
des Indes, et ils la prirent avec une turbulence, une avidité et un
bonheur surtout qui ne furent pas du goût de tout le monde. Les employés
de la compagnie, pour se distinguer deux, sans doute, en courant la même
carrière, les nommèrent banians; et c'est le sobriquet dédaigneux qu'on
infligera ensuite à tous les petits trafiquants ou pacotilleurs qui
séviront à l'île Maurice, qui traverseront la mer vingt fois en tous sens,
pour en venir, au bout d'une vie constamment agitée, à reposer leur
conscience sur des monceaux d'écus de toutes provenances. Les banians de
l'île Maurice se défendirent en refusant de reconnaître les distinctions
que les premiers colons cherchaient à consacrer, et en proclamant avec une
audace qui ne fut pas maladroite, ce principe raciste, devenu ensuite l'un
des lieux communs de l'oppression coloniale, à savoir, que tous ceux qui
ont passé la ligne sont égaux entre eux, s'ils sont Blancs et s'ils le
prouvent.
Les guerres de l'Inde entre la France l'Angleterre, vers les dernières
années du règne de Louis XV, virent refluer à l'île de France un assez
grand nombre d'aventuriers, couverts de vices et de dettes, qui, bannis
d'Europe pour leurs désordres, avaient trouvé d'abord un refuge et une
existence en Asie, et qui étaient chassés d'Asie par les malheurs de nos
armes. Quelques-uns, parmi eux, appartenaient à des familles nobles, et
portaient des noms qui n'étaient pas sans une certaine illustration, des
noms qui sont restés dans l'île. Ces aventuriers si turbulents et d'une
moralité plus que douteuse, dont l'Europe s'était débarrassée sur l'Asie,
et que l'Asie rejetait à son tour partout ou elle pouvait, ont été la tige
corrompue de quelques familles qui ne manqueront pas de se dire par la
suite (et encore aujourd'hui!) qu'elles auraient mérité une meilleure
origine; ils ont fait souche d'honnêtes gens et de gens paisibles.
Mais, à l'époque où ils vinrent s'abattre sur l'île de France, ils y
apportèrent le trouble, le scandale, le mépris de tous les principes
sociaux - qui déjà n'étaient pas très brillants -, la désorganisation d'un
établissement qui commençait à s'organiser. Pour se relever dans
l'opinion, pour se mettre sur un pied d'égalité commode avec les colons,
plus anciens qu'eux, et dont les moeurs s'amélioraient déjà, s'épuraient
visiblement dans les calmes habitudes d'une vie de travail sur une terre
féconde, sous un ciel bienfaisant, ils n'imaginèrent pas de moyen plus sûr
que de rabaisser tout le monde à leur niveau; ils décrièrent toute la
population, précédemment formée, qui les repoussait et se croyait, à leur
égard, dispensée d'être hospitalière. C'est à leur arrivée, sans doute,
qu'il convient de reporter l'origine de certain proverbe; proverbe trop
exclusif et injuste nécessairement dans sa généralité, comme tous les
proverbes, mais qui serait facilement applicable, avec toutes les
restrictions légitimes, à plusieurs autres colonies. Le voici, dans sa
forme brève et sacramentelle d'oracle :
« il n'y a d'honnêtes gens dans l'île que ceux qui sont venus par terre. »
Ce qui signifie, apparemment, pour qui voudra sagement se contenter d'une
interprétation moderée, que les chercheurs de fortune qui vinrent
successivement accroître la population de l'île de France, n'en
composèrent jamais la partie la plus saine et la plus incorruptible...
Cette population d'Européens, préoccupés de l'esprit de retour et d'une
furieuse passion d'accumuler, a d'abord été la plus nombreuse dans l'île;
mais insensiblement elle a donné naissance et a cédé la plus grande place
à une population fixe, attachée au sol par affection, plus honnête, parce
qu'elle est plus satisfaite de son état de fortune. Toutefois, dans la
période confuse où s'est formée la population qu'on y voit aujourd'hui, et
notamment, nous l'avons dit, lorsque les désastres des Français dans
l'Inde eurent jeté à l'île de France tant d'hommes de désordre, le
gouvernement du pays fut ,jugé impossible, s'il restait entre les mains
d'une société de marchands qui avaient assez de peine à s'accorder entre
eux et à se gouverner eux-mêmes.
L'administration de l'État
La Compagnie française des Indes orientales céda l'île Maurice au roi, en
1765. Dans les commencements de la nouvelle administration, il y eut bien
encore des difficultés nombreuses, des incertitudes et des tiraillements,
par suite de la désunion inévitable entre les corps militaires et les
services administratifs, et aussi parce qu'il resta deux partis en
présence l'un de l'autre, celui de la Compagnie qui voulait survivre à son
abdication, et celui du gouvernement du roi qui avait en main la direction
des affaires. De pareilles causes de division, et tout au moins de
dissentiment, dans le sein d'une colonie naissante et encore faiblement
peuplée, y entretinrent longtemps une aversion décidée pour la Métropole.
Il est vrai qu'alors il leur manquait l'élément le plus actif de toute
société nouvelle : on ne comptait dans toute l'île que cent femmes "d'un
certain rang" (c'est-à-dire blanches, puisqu'on aura pu le constater, les
esclaves, bien que majoritaires ici, ne comptent pas...). On visitait les
soirées qu'elles organisaient, du moins quand on n'avait pas résolu tout à
fait de préférer la solitude à ces réunions si monotones où l'on jouait,
on s'ennuyait, et desquelles on se retirait au coup de canon de 8 heures,
pour souper avec sa ménagère, mulâtresse ou noire, et ses bâtards de
toutes couleurs.
Sejour ile maurice
La Révolution.
La Révolution française, à ses diverses périodes, trouva les habitants de
l'île Maurice, sauf quelques exceptions rares qui n'eurent aucune force,
parfaitement disposés à agir comme un seul homme. Une occasion de montrer
leur unanimité de pensées et de voeux leur fut offerte par l'arrivée de
deux agents du directoire, Baco et Burnel, qui leur apportaient une
réforme coloniale, déjà soumise, en d'autres colonies, à de sanglantes
épreuves. Ils s'entendirent, sans s'être concertés, pour la repousser, et
rien n'aurait pu vaincre leur résistance. Les colons de l'île Maurice, qui
n'étaient pas animés, c'est le moins que l'on puisse dire, de la plus
petite foi philanthropique, et qui avaient résolu d'opposer aux mesures
radicales expédiées de la Métropole, la résistance la plus positive,
conduisirent du moins leur opposition avec esprit, et l'esprit a
quelquefois relevé et gagné, pour un moment, même les plus mauvaises
causes.
Voyage ile Maurice
On raconte qu'à leur débarquement, les envoyés du Directoire, se voyant
accueillis par les clameurs et les railleries de tous les habitants du
Port-Louis, voulurent
s'expliquer et commencèrent une harangue de déclamatoire philanthropie,
qui allait sans doute être écoutée jusqu'au bout; car, malgré tout, il y
avait alors un auditoire pour ces choses-là, dans les îles de l'Océan
Indien
comme à Paris. Mais il arriva qu'un des deux orateurs venus de si loin
pour
prêcher, essaya d'obtenir un peu de silence et de répondre à quelques
inquiétudes bruyantes par ces paroles banales :
« Les amis, c'est pour votre bien que nous allons travailler, c'est votre
bien que nous voulons. »
Une voix sortie de la foule s'écria, en jouant sur les mots :
« Nous savons que c'est notre bien que tu veux, mais tu ne l'auras pas
précisément! »
Les rires, les huées, les convulsions d'une joie frénétique ne permirent
plus dès lors à l'orateur officiel de continuer sa doucereuse oraison de
bienvenue. On l'enleva, avec son compagnon de voyage et de mission, et on
les embarqua tous deux sur le navire qui les avait amenés, et qui fit
voile aussitôt pour la France. Ils se trouvèrent avoir à peu près fait
quatre pas et prononcé quatre paroles dans la colonie qu'ils étaient venus
évangéliser au nom des droits de l'humain et ceux du Directoire. Voilà
comment et avec quel concert, les colons de l'île Maurice surent se
défendre quand il s'agissait de leurs intérêts communs de fortune et
d'autorité souveraine sur leurs esclaves.
Les guerres de la Révolution et de l'Empire.
Lorsque la menace anglaise s'est faite sentir, les colons de l'île Maurice
ont compris que les risques que couraient leurs privilèges étaient bien
plus sérieux, et - sous le couvert d'un attachement patriotique à la
Métropole - il luttèrent avec acharnement pour les défendre. Une seule
fois, après la rupture de la paix d'Amiens, il leur arriva un régiment
déjà incomplet, la 109e demi-brigade de ligne, avec quelques compagnies
d'artillerie et plusieurs officiers de courage et de talent, parmi
lesquels, brillait au premier rang le général Decaen, nommé
capitaine-général des établissements français au delà du cap de
Bonne-Espérance. Lui et les soldats qu'il commandait avaient fait la
guerre en Allemagne, dans l'armée de Moreau, et le premier consul , qui se
méfiait d'eux (bien injustement, semble-t-il), leur avait indiqué, sous
prétexte d'un service honorable et périlleux, un lieu d'exil au delà des
mers. Il les y oublia facilement; et cette poignée d'hommes, qui pouvait
bien se croire sacrifiée et abandonnée, n'en lutta pas moins, pendant huit
ans, pour conserver ce qui était la plus rentable des colonies restant à
la France depuis la perte de Saint-Domingue. Mais c'est que la 109e
demi-brigade avait derrière elle, pour corps de réserve, tous les créoles
de l'île. Ils montaient sur les bâtiments armés en course et s'associaient
aux fabuleuses prouesses de Robert Surcouf, cet intrépide corsaire de
Saint-Malo, dont le nom est bien sali par sa participation active au
trafic d'esclaves, mais qui savait comme personne enlever les plus
imposants vaisseaux de la Compagnie anglaise avec un bateau-pilote et
quelques pilotins.
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Ils complétaient aussi l'équipage des navires de la marine impériale qui,
dans les mers de l'Inde et en vue du Port-Louis (c'était alors le port
Napoléon), soutinrent pendant plusieurs années le pavillon français, mis
en lambeaux partout ailleurs, à Aboukir, à Trafalgar, en vingt autres
combats malheureux. Ils étaient présents à toutes les places où il pouvait
y avoir des coups de fusil à donner ou à recevoir. Les hommes de mer les
plus illustres de l'époque, Hamelin, Bouvet, Roussin, et le plus illustre
de tous, Duperré, se firent un nom dans ces parages, pendant que leurs
frères d'armes, dont quelques-uns avaient une renommée déjà faite, la
perdaient sur d'autres champs de bataille.
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Mauritius Island
En 1810, au mois de décembre, il fallut céder enfin à des forces
supérieures. Les Anglais se présentèrent devant l'île avec plus de trente
mille hommes et une forêt de mâts qui pouvait l'enfermer comme dans une
ligne continue de circonvallation. Une capitulation fut signée par le
général Decaen (alors gouverneur des Indes françaises), et l'île se
rendit. Entre autres articles, il était stipulé dans la capitulation que
la garnison serait transportée en France, sur navires anglais, avec armes
et bagages, avec tous les honneurs de la guerre, aux frais de la
Grande-Bretagne,
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maurice
et que les mêmes facilités seraient accordées aux
habitants européens ou créoles, qui, sans appartenir a l'armée, voudraient
effectuer leur passage en Europe : un délai de deux années leur était
laissé pour prendre ce parti et vendre leurs propriétés coloniales. La loi
française était reconnue comme la loi du pays, et les tribunaux français
demeuraient chargés de l'appliquer; devant un barreau plaidant eu langue
française.
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Quels étaient les vainqueurs, quels étaient les vaincus à de telles
conditions? Les Anglais, évidemment, recevaient, le droit de mettre
garnison dans l'île, de planter leur drapeau sur tous les édifices
publics, de percevoir l'impôt; mais ils subissaient le joug des lois, de
la langue, des moeurs, des fantaisies même d'une colonie qui devenait leur
sujette en quelque sorte par convention amiable, après que la nécessité
eut fait entendre sa voix inflexible. Les Anglais subiront durablement le
même joug. Rien ne changeant dans les rapports entre les deux populations
européennes, dont l'une croyait gouverner et avait mission de gouverner,
tandis que l'autre passait pour s'être soumise parce qu'elle avait
capitulé. Mauritius Island (nouveau nom de ce qui avait été auparavant
l'île de France) était toujours une colonie française, avec une garnison
vêtue d'uniformes rouges, et un petit nombre de commis venus d'Angleterre,
qui s'étudiaient à oublier leur langue et à parler français dans les
emplois supérieurs de l'administration publique; les autres places,
d'ailleurs, celles qui avaient un caractère subalterne, y furent
abandonnées aux créoles...
Travel Guide
Beaucoup de choses changèrent au demeurant sous l'administration
britannique. Les unes en mal, les autres en bien. Ainsi, la prospérité
matérielle de l'île disparut comme un songe, sous le régime nouveau. Elle
n'avait plus la France comme débouché de ses productions, et en même
temps, l'Angleterre ne l'admettait pas à tous les avantages commerciaux
qu'elle accordait à ses autres établissements d'outre-mer. L'île Maurice
était alors pour elle ce qu'on nommait une colonie de la couronne, un pays
conquis, et non une colonie de l'État.
Hotel ile maurice
En outre, il y eut de terribles fléaux qui ont paru conspirer pour
accabler l'île. Un incendie a dévoré plus de 1500 maisons du Port-Louis;
un ouragan plus désastreux, on peut le dire, parce qu'il n'a pas sévi
seulement sur la ville, mais sur les campagnes et sur tous les fruits de
la terre, a ruiné les colons qui avaient échappé à la première cause de
dévastation; puis est survenu le choléra, qui, dans ce voyage
d'universelle dévastation, entrepris par lui de 1817 à 1837 à travers le
globe, a fait une de ses premières pauses à l'île Maurice, s'attaquant là,
selon sa coutume, principalement aux classes les plus défavorisées de la
société, c'est-à-dire aux esclaves. Une hécatombe qui sera vécue comme la
pire des catastrophes par les colons, et bien sûr pour des raisons qui ne
doivent rien à l'humanité. Comme l'écrit l'auteur dont on adapte ici le
texte, depuis l'abolition de la traite - un processus dans lequel les
Britanniques se sont progressivement engagés depuis 1823 -, il n'a plus
moyen désormais de reconstituer ses stocks de matière humaine :
Ile maurice pas cher
« Cette fortune la plus précieuse et cette suprême ressource des Blancs,
qui aurait pu complètement réparer, si elle eût été épargnée elle-même,
les ruines de l'ouragan et de l'incendie. Elles l'ont été péniblement,
longuement, et non sans laisser encore de tristes vestiges de désolation.
Mais la perte des Nègres a été irréparable, car la traite, abolie de droit
par une solennelle convention des puissances européennes, a été supprimée
de fait par la surveillance active de la marine anglaise dans tous les
lieux qui obéissent à l'action directe du gouvernement britannique. »Annonces
ile maurice
Voilà les malheurs qui, dans l'imagination de ces colons français, aigris
par la perte de leur richesse, se lia nécessairement à l'idée importune de
la domination anglaise, comme s'ils en avaient dû être un corollaire
inévitable. Et il leur sembla que cette domination n'avait réellement,
pour se recommander à leurs yeux, que les routes dont elle avait sillonné
largement le territoire de la colonie, routes magnifiques en effet, qui
n'existaient pas même sur le papier du temps de l'administration
française, et qui maintenant étaient parcourues avec autant de facilité
que les plus belles voies de communication de la Grande-Bretagne, par des
voitures à quatre chevaux, des cavaliers, des courriers, et des chariots,
pour un service très actif de roulage, attelés des grands boeufs de
Madagascar.
Location ile maurice
Un autre changement s'opérera vers le milieu du XIXe siècle, dans
l'organisation fondamentale de l'île Maurice : il s'agit de l'émancipation
des esclaves, qui est enfin déclarée elle aussi en principe et qui
s'acheminera progressivement vers sa réalisation. Une grande mesure de
réforme radicale qui s'accomplira, qui malgré l'état d'esprit dans lequel,
on l'a vu, se trouvaient les colons de l'île Maurice se fera sans
rencontrer de véritable opposition. C'est que sans doute, de nouveaux
arguments peuvent maintenant être déployer pour continuer d'asservir les
anciens esclaves. La menace qu'on fait valoir de la concurrence que
d'autres populations pourraient leur faire.
Timbre ile maurice
De fait , l'île Maurice a toujours été le champ d'asile de toutes les
populations asiatiques qui, opprimées chez elles, et n'ayant pas là
d'espace pour respirer et vivre, sont disposées à aller chercher au
dehors, de la terre, du travail et la vie à force d'industrie patiente. On
voyait ainsi à Port-Louis des Malabares, des Chinois, des Malais, des
Arabes, des Indiens (appelés à devenir la population majoritaire de l'île
un siècle plus tard) de toutes professions et des deux religions qui se
partageaient l'Inde, Hindouisme et Islam. Tous ces immigrants, sur le
terrain neutre que leur a garanti l'hospitalité des créoles, vivaient
d'accord les uns avec les autres, ou du moins les uns à côté des autres.
Guide ile maurice
Quelques-uns parmi eux célébraient, chaque année, dans une pompe
solennelle, la grande fête de leur culte et font dans les rues de la ville
une procession publique. C'était une occasion pour les non croyants, pour
les fidèles des autres religions, de se réunir comme dans une réjouissance
nationale et périodique, de passer vingt-quatre heures dans la joie, les
intrigues et les rendez-vous d'amour; c'était un prétexte pour une espèce
de carnaval, un carnaval respectueux, où la tolérance religieuse et les
ménagements pour une croyance étrangère étaient le premier devoir, et
passaient même avant le plaisir. Un tel mélange de peuples offrait à l'île
Maurice, non pas seulement une pépinière de travailleurs libres, mais
encore une garantie pour les Colons, maîtres de la terre, que la
population d'anciens esclaves (d'origine malgache), la plus nombreuse dans
la colonie, n'abuserait pas de sa liberté tout relative. Avec le temps,
les enjeux coloniaux se sont émoussés, et l'île Maurice est devenue
aujourd'hui un espace de mixité sociale et de tolérance culturelle que
beaucoup de pays pourraient lui envier. L'île, à la suite d'un processus
de décolonisation qui a duré une vingtaine d'années, a obtenu son
indépendance complète le 12 mars 1968. Elle a été à partir de cette date
un membre du Commonwealth, tout en bénéficiant d'une aide de la France.
(V.Charlier).
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